Le renouveau de l'artisanat : pourquoi la jeune génération délaisse le numérique pour le cuir
Comme le rapporte The Guardian, une génération de jeunes travailleurs choisit désormais de tourner le dos aux écrans pour se former aux métiers dits « à l'épreuve de l'IA » — reliure, ferronnerie…

Comme le rapporte The Guardian, une génération de jeunes travailleurs choisit désormais de tourner le dos aux écrans pour se former aux métiers dits « à l'épreuve de l'IA » — reliure, ferronnerie d'art, construction navale — des savoir-faire manuels où le jugement créatif et la dextérité comptent encore plus que la vitesse d'exécution. Pour nous qui travaillons le cuir chaque jour, cette nouvelle n'a rien d'anecdotique: elle confirme ce que nos mains savent depuis longtemps, à savoir que la matière bien travaillée reste une valeur refuge.
Le retour du geste
Le quotidien britannique raconte l'histoire d'Eryn Lawley, vingt-sept ans, diplômée en sciences politiques devenue relieuse en apprentissage chez Ludlow Bookbinders dans le Shropshire. Ce qui l'a poussée vers l'atelier est limpide, et je la comprends parfaitement: « Rester trop longtemps les yeux fixés sur un écran me nuisait. J'ai toujours voulu faire quelque chose de plus matériel, et je crois qu'un objet a quelque chose de plus intrinsèquement précieux lorsqu'il est fait par une personne. »
Son patron, Paul Kidson, quatrième génération de relieurs, estime qu'il reste aujourd'hui moins de cinquante relieurs artisanaux en activité au Royaume-Uni. Le mouvement est pourtant bien réel, porté par des éditeurs haut de gamme — comme le Folio Society, qui refuse d'intégrer l'IA générative à sa chaîne créative — et par une jeune génération qui redécouvre la satisfaction du geste répété jusqu'à la perfection.
Ce que cela change pour nos cuirs
Dans mon atelier, je vois la même dynamique s'amorcer depuis quelques années. Les demandes de pièces sur-mesure augmentent, les passages au SAV aussi, et les questions sur l'origine du tannage se multiplient. Un cuir à tannage végétal, dont la fleur n'a pas été poncée pour masquer les irrégularités naturelles, vieillit d'autant mieux qu'il est porté et entretenu à la main — exactement comme une reliure se bonifie au fil des lectures.
Pour vous qui nous lisez, trois réflexes simples à garder en tête: d'abord, privilégier les maisons qui communiquent le nom de leur tanneur et la nature de leurs peausseries; ensuite, accepter que la patine est un dialogue entre votre geste et la matière, pas une finition figée sortie d'usine; enfin, ne pas hésiter à confier un sac à un artisan sellier pour une reprise de tranche ou un changement de doublure, plutôt que de remplacer une pièce qui a simplement besoin d'être remise en main.
À surveiller dans les mois qui viennent
Le Guardian souligne que plusieurs ateliers — dont Cox London, spécialiste de la ferronnerie artistique — ont relancé leurs programmes d'apprentissage l'an dernier. Si la tendance se confirme, attendez-vous à voir émerger de jeunes maisons indépendantes en maroquinerie, portées par des profils venus d'horizons très différents du nôtre. Une bonne nouvelle pour la diversité des cuirs proposés, et pour la durée de vie des pièces que vous aimez.