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Le cuir issu de drêches de bière et de whisky : une innovation durable pour la maroquinerie

À l'atelier, je vois régulièrement des pièces dont la tenue s'affaisse après quelques mois, des soufflets qui se déforment sans prévenir — c'est justement cette attention du toucher qui me fait…

mis à jour 01 septembre 2026

Le cuir issu de drêches de bière et de whisky : une innovation durable pour la maroquinerie

À l'atelier, je vois régulièrement des pièces dont la tenue s'affaisse après quelques mois, des soufflets qui se déforment sans prévenir — c'est justement cette attention du toucher qui me fait m'arrêter sur l'information que relaie Specialty Fabrics Review. La société Arda Biomaterials, installée à Londres et fondée en 2022, transforme les résidus de brasserie et de distillerie en une matière baptisée New Grain™, présentée comme une alternative au cuir animal, sans plastique ni matière animale. Pour notre univers de la maroquinerie, c'est un signal à observer de près.

Une architecture protéique qui imite la fleur

Ce qui retient l'attention, quand on a les doigts qui parlent, c'est le principe de fabrication. La jeune entreprise collecte les drêches de whisky et les grains usés de bière auprès de brasseries et distilleries partenaires, isole les protéines végétales de ces sous-produits, puis les reconstruit pour reproduire l'organisation des fibres animales. À l'arrivée, selon la source, le toucher se rapproche de celui du cuir. La matière accepte la production en continu, et ses propriétés mécaniques — résistance à la traction, à la déchirure et à l'abrasion — se comparent à celles des cuirs animaux comme des synthétiques. Pour nous qui travaillons la tranche, vérifions la souplesse et cherchons une belle tenue, ce sont des critères qu'on reconnaît d'emblée.

Les premiers objets et la boucle des matières

En 2024, Arda a sorti ses tout premiers produits: une gamme de porte-cartes conçus en collaboration avec Beavertown Brewery, brasserie londonienne du groupe Heineken. Puis cinq prototypes réalisés avec BEEN London, studio et marque d'accessoires de mode durable — sacs à main, pochettes pour raquettes de tennis et étuis à bouteilles de whisky. La symétrie a quelque chose de savoureux: le résidu d'un alcool qui finit en écrin pour ce même alcool. La matière se présente naturellement dans un noir profond, sans ajout de colorant, mais peut être éclaircie vers des bruns, des rouges ou des verts. Couleur, texture et performances se personnalisent selon les marchés visés — mode, automobile ou ameublement. L'entreprise reçoit aujourd'hui le soutien d'AB InBev, brasseur notamment de la marque Anheuser-Busch, pour développer sa production à partir des drêches issues de ses propres brasseries.

Ce que je vais garder en ligne de mire

Pour l'instant, pas la moindre pièce dans mon établi. Je reste donc dans la posture de l'artisan qui observe, sans céder à l'enthousiasme du neuf. Ce qui m'intéresse, au-delà de l'annonce, c'est la tenue dans le temps: comment ce matériau vieillit sous le frottement du quotidien, comment il accepte une patine, comment il réagit aux produits d'entretien classiques, comment il se comporte en tranche une fois découpé. Si un échantillon arrive un jour à l'atelier, je le soumettrai à mes gestes habituels — la paume qui presse, le pouce qui fléchit la matière, l'œil qui guette l'évolution du grain — et je vous raconterai, sans détour, ce que mes doigts en diront.

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