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Immersion à Chouara : les secrets de fabrication du cuir traditionnel de Fès

Un reportage de Le360.ma nous entraîne cette semaine dans les ruelles de la médina de Fès, au cœur de Dar Dbagh Chouara — l'une des tanneries traditionnelles les plus anciennes au monde.

mis à jour 12 août 2026

Immersion à Chouara : les secrets de fabrication du cuir traditionnel de Fès

Ce que vos cuirs doivent à Chouara

Ce qui m'a frappé, en lisant le témoignage de Larbi Iraqi Houssaini, artisan tanneur depuis près de trente ans, c'est à quel point le cuir « authentique » que l'on croit acheter dans une boutique ressemble rarement à ce qui sort, à la main, de ces bassins colorés. Et c'est précisément ce décalage qui mérite qu'on s'y arrête, entre nos murs.

Ce qui se passe vraiment dans les bassins

À Chouara, la peau ne suit aucun raccourci chimique. Elle arrive du marché d'Aïn Nokbi, puis on l'immerge dans un mélange de chaux et de fiente de pigeon — pendant parfois deux semaines entières. Ce n'est pas une anecdote pittoresque: c'est cette macération lente qui assouplit la fibre, élimine les résidus de chair et prépare la matière à recevoir la couleur. Le rouge vient de la rose, le brun du bois de cèdre, le jaune vif du safran. Ce dernier teinte d'ailleurs les fameuses babouches « ziwanies », reconnaissables entre mille.

Trois choses à retenir quand vous tenez un cuir de Fès entre les mains: la teinte n'est jamais uniforme comme un coloris industriel — elle présente des variations de profondeur, signe des bains naturels; la fleur garde un grain légèrement irrégulier, dû au travail manuel; et l'odeur, surtout sur une pièce neuve, doit évoquer le végétal, pas le solvant.

Ce que cela change quand vous choisissez une pièce

Beaucoup de nos clients me demandent pourquoi un sac tanné végétal « bouge » au fil des mois, alors qu'un cuir industriel reste figé. La réponse est précisément à Chouara: un cuir qui a pris le temps — chaux, fiente de pigeon, safran, séchage au soleil — reste une matière vivante. Il absorbe l'humidité de la main, il se patine aux plis d'usage, il assouplit là où on le porte. Une pièce chromée, sortie d'un tambour en quelques heures, n'aura jamais cette mémoire.

Mon conseil de l'atelier: si vous hésitez entre deux articles en cuir « made in Fès », posez la question de la teinture. Naturelle, elle laisse des nuances irrégulières et profondes; artificielle, elle est plate, brillante, presque synthétique au toucher. C'est aussi simple que de passer le pouce sur la fleur et de regarder comment la lumière joue.

Ce qui menace ce savoir-faire

Houssaini le dit sans détour: « Ce métier ne s'apprend pas uniquement avec des explications. » La transmission se fait de père en fils, dans les familles de tanneurs, depuis des générations. Or, comme pour la dinanderie ou le peigne en corne évoqués dans le même sillage de reportages, la pression économique et l'attrait de métiers plus rapides grignotent ce relais. Une pièce tannée à Chouara, c'est plusieurs semaines de travail et des dizaines de mains — un coût que le marché globalisé supporte mal.

Pour nous, à l'atelier, cela signifie une chose: la prochaine fois que vous choisirez une babouche, une ceinture ou un portefeuille issu de cette filière, regardez-la comme on regarde un vin de terroir. Demandez d'où vient la peau, comment elle a été préparée, qui l'a teinte. Et surtout, acceptez qu'elle évolue avec vous — c'est exactement ce que ses tanneurs ont voulu, en la travaillant à ce point.

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